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Verger bio de la ferme d'Hilbert à Etaples
La visite a eu lieu le samedi 18 octobre. Jacqueline Maillard en a été l'organisatrice en compagnie de Daniel Trollé qui a fait découvrir à un groupe nombreux son exploitation agricole bio située à Etaples, en grande partie dans l'emprise du projet Opalopolis.
Depuis le point de rendez-vous situé sur le parking du calvaire en bordure de la N139 au sud d’Etaples, le groupe constitué de près de 30 personnes monte en direction des bâtiments de la ferme d’Hilbert. L’exploitation comporte un verger ainsi que des cultures et des pâtures pour une quarantaine de bovins de la race blonde d’Aquitaine ; le troupeau compte par ailleurs 15 bêtes de race Higland cattle à Merlimont.
A mi pente, on s’arrête pour embrasser du regard un large panorama qui s’étend du plateau à la vallée de la Canche et permet de mieux mesurer l’ampleur du projet Opalopolis qui concerne plus de 240 hectares, projet qui sera abordé plus précisément en fin de visite.
De l’intérêt des Légumineuses dans les herbages…
Daniel Trollé en profite pour présenter un herbage constitué de luzerne et de graminées. Les légumineuses comme la luzerne (ou la fèverolle, le trèfle…) sont un élément clé en agriculture biologique . En effet, la croissance des plantes cultivées dépend de la présence d’azote en quantité suffisante dans le sol. Les légumineuses ont la particularité de pouvoir s’associer avec des bactéries du sol du genre Rhizobium qui ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique, N2 présent à raison de 79% dans l’air, permettant ainsi à la plante de couvrir ses besoins en azote . Cette association, cette symbiose, s’établit, au niveau des racines, au sein de petits organes appelés nodosités dont le développement est induit par les bactéries. L’azote réduit qui n’est pas utilisé par la plante est rejeté dans le sol qui s’en trouve enrichi. et la graminée peut en tirer partie. L’herbage en question pourra rester implanté 4 à 5 ans en couvrant le sol et sera fauché périodiquement ; il est un élément important dans la rotation des cultures.
Au sein des molécules biologiques, les protides et en particulier les protéines ont la particularité d’être des molécules azotées. Les Légumineuses constituent une source majeure de protéines végétales tant pour l’alimentation humaine (haricots, lentilles, pois) que pour l’élevage des bovins, porcins, volailles. Les légumineuses apparaissent donc comme le meilleur moyen de produire des protéines végétales pour les élevages dans le cadre d’une agriculture durable et respectueuse de l’environnement. En effet leur aptitude à fixer l’azote atmosphérique rend inutile l’utilisation d’engrais azotés dont la synthèse, le transport et l’épandage consomment des combustibles fossiles et contribuent à l’effet de serre. Par ailleurs l’utilisation massive de fertilisants azotés en cultures intensives contribue de façon significative à la pollution des nappes par les nitrates.
Un peu plus loin, une remorque contient des balles de foin qui proviennent d’une fauche réalisée par D. Trollé dans le cadre de la gestion de certains espaces de la Réserve Biologique Domaniale de Merlimont gérée par l' ONF. A proximité, une parcelle de pommes de terre de la variété Désiré montre quelques attaques de mildiou en dépit de deux traitements à la bouillie bordelaise. Ce fongicide polyvalent qui contient 20% de cuivre est autorisé en agriculture biologique dans la limite de 6kg de cuivre par hectare et par an; il est utilisé pour les pommes de terre et également pour les arbres fruitiers.
A l'arboriculture et au verger bio…C’est dans les années 90 que D. Trollé envisage de passer au bio. Le verger est planté en 2001, il comporte quelques 700 pommiers (et poiriers) plantés en lignes distantes de 5m . Cet écartement supérieur à ce qu’il est dans les vergers habituels, permet un meilleur éclairement des arbres et des fruits ; il limite aussi la pression des maladies, de la tavelure, en particulier par la bonne aération qu’il favorise. Les variétés de pommier plantées sont précisément essentiellement des variétés peu sensibles à la tavelure, ce champignon qui provoque le craquèlement des fruits ; pommes à cuire comme la belle de Boskoop rouge, pommes à couteau comme les variétés récentes que sont la Jubilé Delbard (1963) , la variété INRA Initial des années 2000 résistante à la tavelure ; mais aussi variétés plus anciennes comme la Jacques Lebel (1825), la Cabarette originaire de la Flandre, la Verdin d’automne, l’Argilière. Boskoop et Initial, en particulier, sont dégustées pour le plus grand plaisir de tous au cours de la visite du verger.
Alors que dans les vergers intensifs la pomme peut faire l'objet de plus de 20 traitements, en bio les façons culturales et le choix des variétés sont déterminants pour en limiter le nombre. Effectivement, la tavelure n’est pas le seul parasite à craindre. L’anthonome du pommier ou Charançon du pommier peut faire des dégâts considérables : au moment de la floraison, la femelle perce avec son rostre les boutons des fleurs et y pond ses oeufs ; quelques jours plus tard, les larves éclosent; elles rongent les étamines, puis les ovaires. Le bouton prend ensuite un aspect brunâtre, gonflé qui fait penser au clou de girofle ; il n’y aura pas de fruit. Les pucerons peuvent également causer des dégâts importants. Pour les limiter, un insecticide est autorisé par dérogation accordée par la Commission Européenne à la France jusqu’au 31 octobre 2011, la roténone ; celle-ci, bien que d’origine végétale (plante tropicale) n’en possède pas moins une écotoxicité pour les poissons, en particulier. En l'absence de traitement de substitution, elle peut encore être utilisée.
Contre les chenilles, la bactérie Bacillus thuringiensis ou Bacille de Thuringe ou Bt est l’insecticide utilisé , en agriculture biologique. Enfin contre le carpocapse, on commence par le piège à phéromones. Il s'agit d'un morceau de carton collant, sur lequel est accrochée une capsule de phéromones. Ces hormones sexuelles femelles attirent les mâles en période de reproduction, qui viennent alors se coller sur le carton. A partir d’un certain nombre d’insectes piégés, un traitement biologique est appliqué : le virus de la granulose est alors inoculé. Dans le verger, la rencontre d’un contrôleur d’Ecocert , organisme de contrôle et de certification, est l’occasion d’évoquer la façon dont les pratiques de l’agriculteur biologique sont vérifiées. De façon générale, l'arboriculture apparaît comme un secteur qui devrait se développer tout particulièrement en bio dans la mesure où sa conduite en intensif est très grosse consommatrice de produits phytosanitaires : l'arboriculture bio assure au consommateur des fruits peu traités et contribue à la protection des nappes. Et à Opalopolis...Le projet touche environ 240 hectares de terres agricoles et se répartit comme suit : 80 hectares réservés à un golf, 80 hectares pour une zone d’activités industrielles et 80 hectares pour 1000 à 1500 logements qui s’ajouteraient aux 400 logements déjà prévus dans la ZAC des Prés… Autant dire que la ville d’Etaples « consommerait » dans ce seul projet l'essentiel de son espace rural encore existant (300 hectares), empiétant même sur les périmètres de protection du captage du Rombly tel qu’ils sont actuellement définis.
Petits rappels sur l’artificialisation et l’urbanisation de notre littoral
Faut-il rappeler que les zones artificielles, imperméabilisées, qui couvrent 14,7 % de notre territoire régional le mettent en 2ème position (après l’Ile de France) du classement des 22 régions françaises où la moyenne se situe à 8,3% d’imperméabilisation, d’artificialisation ? Faut-il rappeler que l’artificialisation progresse chez nous à un rythme de 1,5%, supérieur à celui de l’Ile de France et de la moyenne française qui est à 1% ? Faut-il rappeler, concernant le littoral, que nos 147 km de linéaire côtier sont urbanisés à 48% et que 30% du territoire des 36 communes littorales sont urbanisés, imperméabilisés ? La croissance de l’urbanisation y a déjà été de 15,7% entre 1977 et 1992.
Avec ses près de 13 km2 de superficie, et ses plus de 11000 habitants, Etaples , commune littorale rappelons-le (...), a déjà 863 habitants au km2 quand Le Touquet a une densité de 346 habitants au km2 pour 5300 personnes et n'a pratiquement plus de possibiltés légales de construire. Un projet de 1500 logements en plus des 400 de la ZAC des Prés serait susceptible d'amener 6000 personnes supplémentaires ! Il augmenterait de plus de 50% la population d'Etaples dont la densité de population dépasserait les1300 habitants au km2 ! A titre de comparaison, la communauté d'agglomération de Lens-Liévin a une densité de 1044 habitants au km2...
Un projet qui va à contre-sens de l’histoire
Où est l’équilibre entre les diverses activités pour une commune comme Etaples dans un tel projet? Quid en matière de gestion des eaux pluviales, d' assainissement, de protection du champ captant de Rombly, de conséquences pour l'environnement de la Canche et de son estuaire? Quel sens la consommation, la disparition de 230 hectares d’espace rural ont-elles ? Au travers de l’amputation que subirait l’exploitation de la ferme d’Hilbert, on voit comment une ville comme Etaples porterait atteinte à une source de productions alimentaires bio de proximité existante et à un potentiel de productions alimentaires (pour l’homme, directement ou indirectement au travers du bétail) de proximité. Dans un secteur déjà fortement urbanisé, c’est tirer un trait sur le potentiel de circuits courts de distribution des aliments, circuits courts économes en transports, en carburants, en énergie fossile et générateurs de lien social. Est-ce cela le sens de l’histoire ? ? ? Dailleurs, Daniel Trollé voit dans l’activité agricole une activité pour laquelle il revendique la déclaration d’utilité publique. Effectivement nourrir les hommes, qui plus est dans le système bio, n’est-il pas d’utilité publique ? Comment gaspiller l’espace rural disponible sans engendrer des productions toujours plus intensives et polluantes ? Alors oui, quelle est l’utilité publique d’un projet tel qu’Opalopolis, que vaut un tel projet face aux fonctions d’un espace rural indispensable et déjà tant entamé ?
Un projet qui va à contre-sens du droit...
Plus généralement, qu'en est-il du principe de gestion économe de l'espace affirmé par la loi à l'article L110 du code de l'urbanisme ? "Le territoire français est le patrimoine commun de la nation. Chaque collectivité publique en est le gestionnaire et le garant dans le cadre de ses compétences. Afin d'aménager le cadre de vie, d'assurer sans discrimination aux populations résidentes et futures des conditions d'habitat, d'emploi, de services et de transports répondant à la diversité de ses besoins et de ses ressources, de gérer le sol de façon économe, d'assurer la protection des milieux naturels et des paysages ainsi que la sécurité et la salubrité publiques et de promouvoir l'équilibre entre les populations résidant dans les zones urbaines et rurales et de rationaliser la demande de déplacements, les collectivités publiques harmonisent, dans le respect réciproque de leur autonomie, leurs prévisions et leurs décisions d'utilisation de l'espace."
Qu'en est-il du Principe d'équilibre et de gestion économe, article L121-1 ? "Les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme et les cartes communales déterminent les conditions permettant d'assurer : 1° L'équilibre entre le renouvellement urbain, un développement urbain maîtrisé, le développement de l'espace rural, d'une part, et la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des espaces naturels et des paysages, d'autre part, en respectant les objectifs du développement durable ;..."
Date de création : 19/10/2008 @ 12:01
Dernière modification : 09/11/2008 @ 11:39
Catégorie : Animations-Sorties
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